Interdits de l’ihram, erreurs et réparations
Une erreur pendant la omra ou le hajj se répare presque toujours. Encore faut-il savoir ce qui est interdit, ce qui est obligatoire et ce que demande chaque manquement : voici l’essentiel, avec les références et les principales divergences entre les écoles.

Les interdits de l’ihram
Dès qu’il a formulé l’intention et prononcé la talbiya, le pèlerin est en état d’ihram : certaines choses permises en temps normal lui deviennent interdites jusqu’à sa sortie de l’ihram. Le Coran en donne le principe : « Quiconque s’impose d’accomplir le pèlerinage au cours de ces mois doit s’interdire tout rapport conjugal, tout péché et toute vaine dispute pendant la durée du pèlerinage. »
| Interdit | Pour qui | Réparation si on le commet |
|---|---|---|
| Couper ou raser les cheveux, épiler les poils | Tous | Fidya au choix |
| Couper les ongles | Tous | Fidya au choix |
| Se parfumer : corps, vêtements, nourriture ou boisson parfumée | Tous | Fidya au choix |
| Porter un vêtement cousu ou ajusté à la forme du corps (chemise, pantalon, sous-vêtement, chaussettes) | Hommes | Fidya au choix |
| Se couvrir la tête avec ce qui s’y colle (bonnet, casquette, turban) | Hommes | Fidya au choix |
| Porter un voile de visage (niqab) ou des gants | Femmes | Fidya au choix |
| Chasser un animal sauvage terrestre, ou aider à le chasser | Tous | Compensation par un équivalent (Coran 5:95) |
| Conclure un contrat de mariage, pour soi ou pour autrui | Tous | Le contrat est nul selon la majorité (valable selon les hanafites) ; pas de fidya |
| Caresses et préliminaires avec désir | Tous | Sacrifice selon les écoles |
| Rapports conjugaux | Tous | Voir plus bas : le hajj peut être annulé |
Ne sont pas interdits : se laver, changer de tissus d’ihram, porter une montre, des lunettes, une ceinture ou un sac, s’abriter sous une ombrelle ou une tente, se faire vacciner ou soigner, tuer les animaux nuisibles (scorpion, serpent, rat). L’homme peut porter des sandales qui laissent voir le dessus du pied et les chevilles.
Références Coran 2:197 ; Coran 5:95-96 (la chasse) ; al-Bukhârî 1542, Muslim 1177 (Ibn ʿUmar, vêtements interdits) ; al-Bukhârî 1838 (voile de visage et gants) ; al-Bukhârî 1265, Muslim 1206 (ne pas couvrir la tête du pèlerin) ; Muslim 1409 (ʿUthmân, mariage) ; al-Bukhârî 1536, Muslim 1180 (Yaʿlâ ibn Umayya, la tunique parfumée) ; al-Bukhârî 1829, Muslim 1198 (les animaux nuisibles)
La fidya : trois choix au libre choix du pèlerin
Celui qui commet un interdit par nécessité (maladie, froid, blessure, poux), ou sans nécessité selon les écoles, offre une compensation appelée fidya. Le Coran en fixe trois formes, au choix : « Que celui d’entre vous qui, malade ou souffrant d’une affection de la tête, serait contraint de se raser avant le moment prescrit se rachète par un jeûne, une aumône ou le sacrifice d’une bête. »
- Jeûner trois jours, consécutifs ou non, n’importe où.
- Ou nourrir six pauvres, un demi-sâʿ chacun, soit environ 1 à 1,5 kg de nourriture de base selon les estimations.
- Ou sacrifier un mouton (ou une chèvre) et en distribuer la viande aux pauvres.
Kaʿb ibn ʿUjra, dont la tête était couverte de poux, reçut du Prophète ﷺ la permission de se raser ; il lui dit : « Jeûne trois jours, ou nourris six pauvres, ou sacrifie un mouton. » Celui qui commet l’interdit sans nécessité et en connaissance de cause a de plus commis une faute dont il se repent. La nourriture et la viande vont aux pauvres du territoire sacré de La Mecque selon la majorité des savants ; les malikites permettent de les donner ailleurs.
Références Coran 2:196 ; al-Bukhârî 1814, Muslim 1201 (Kaʿb ibn ʿUjra)
Le dam : omettre un acte obligatoire
Le hajj comprend des piliers (arkân), sans lesquels il n’est pas valable, et des actes obligatoires (wâjibât), dont l’omission se répare. Celui qui omet un acte obligatoire offre un dam : le sacrifice d’un mouton, ou d’un septième de chameau ou de vache, égorgé dans le territoire sacré et distribué aux pauvres de La Mecque. Cette règle vient d’Ibn ʿAbbâs : « Celui qui oublie une partie de ses rites ou la délaisse, qu’il verse du sang. »
Celui qui ne trouve pas de quoi sacrifier jeûne dix jours, trois pendant le hajj et sept à son retour, par analogie avec le sacrifice du tamattu’, selon les chaféites et les hanbalites ; les malikites ont un avis proche ; pour les hanafites, le dam reste une dette jusqu’à ce qu’il puisse s’en acquitter. Un pilier oublié, lui, ne se remplace pas par un sacrifice : il faut l’accomplir.
| Rite | Hanafite | Malikite | Chaféite | Hanbalite |
|---|---|---|---|---|
| Entrer en ihram (intention) | Condition | Pilier | Pilier | Pilier |
| Station à Arafat | Pilier | Pilier (un moment de la nuit du 10) | Pilier | Pilier |
| Tawaf al-ifâda | Pilier | Pilier | Pilier | Pilier |
| Saʿy entre Safa et Marwa | Obligatoire | Pilier | Pilier | Pilier |
| Rasage ou coupe des cheveux | Obligatoire | Obligatoire | Pilier | Obligatoire |
| Ihram depuis le miqat | Obligatoire | Obligatoire | Obligatoire | Obligatoire |
| Muzdalifa | Obligatoire (station après l’aube) | Obligatoire (halte) | Obligatoire | Obligatoire |
| Nuits de Mina | Sunna | Obligatoire | Obligatoire | Obligatoire |
| Lapidation des stèles | Obligatoire | Obligatoire | Obligatoire | Obligatoire |
| Tawaf d’adieu | Obligatoire | Sunna | Obligatoire | Obligatoire |
Pour la omra, les piliers sont l’ihram, le tawaf et le sa’y (le sa’y est obligatoire chez les hanafites) ; le rasage ou la coupe est obligatoire, et pilier chez les chaféites. Le tawaf d’adieu n’est pas demandé après une omra selon la majorité.
Références Mâlik, al-Muwatta’ 946 (parole d’Ibn ʿAbbâs sur le dam) ; Coran 2:196 (dix jours de jeûne)
Les rapports conjugaux pendant l’ihram
Les rapports conjugaux sont le plus grave des interdits de l’ihram. Pendant le hajj, avant la première désacralisation (la lapidation du 10 suivie du rasage ou de la coupe), ils rendent le hajj invalide selon la majorité des savants : le couple termine malgré tout ses rites, refait le hajj une année suivante et offre un sacrifice, selon les avis rapportés de ʿUmar, ʿAlî et Abû Hurayra ; c’est un chameau selon les chaféites et les hanbalites. Les hanafites distinguent : avant Arafat, le hajj est invalide et un mouton suffit ; après Arafat, le hajj reste valable et un chameau est dû.
Après la première désacralisation et avant le tawaf al-ifâda, le hajj reste valable : un sacrifice est dû, mouton selon la plupart des écoles. Pendant la omra, des rapports avant la fin du sa’y la rendent invalide selon les malikites et les hanbalites (avant le rasage ou la coupe selon les chaféites, avant le quatrième tour du tawaf selon les hanafites) : on la termine, on la refait et l’on sacrifie un mouton. Ces cas sont lourds : exposez votre situation à un savant.
Références Coran 2:197 ; Mâlik, al-Muwatta’ 862 (avis de ʿUmar, ʿAlî et Abû Hurayra)
Les erreurs les plus fréquentes
Dépasser le miqat sans ihram
C’est l’erreur la plus courante en avion. Celui qui s’en rend compte retourne au miqat s’il le peut, avant d’avoir commencé ses rites : il n’a alors rien à réparer. Sinon, il entre en ihram là où il se trouve et offre un dam, selon la majorité des savants. Djeddah, pour qui arrive par avion d’Europe ou d’Afrique du Nord, est en deçà du miqat.
Garder l’épaule droite découverte pendant tout l’ihram
L’idtibâʿ ne se fait que pendant le tawaf d’arrivée ou de la omra. En dehors de ce tawaf, l’épaule se couvre, et elle doit l’être pendant la prière.
Faire le tawaf à l’intérieur du Hijr d’Ismaʿîl
Le muret semi-circulaire au nord de la Kaaba entoure une partie de la Kaaba : un tour qui passe à l’intérieur ne compte pas. Il faut tourner par l’extérieur du muret.
Se battre pour toucher la pierre noire
Toucher ou embrasser la pierre noire est une sunna ; bousculer et blesser est interdit. Quand la foule est dense, un signe de la main droite vers la pierre, en disant « Allâhu akbar », suffit : le Prophète ﷺ lui-même fit le tawaf sur sa monture en désignant le coin.
Toucher les autres coins, les murs ou le Maqam
Le Prophète ﷺ ne touchait que les deux coins yéménites, c’est-à-dire celui de la pierre noire et le coin yéménite, sans embrasser ce dernier. Frotter les murs, le Maqam ou les portes n’est pas un rite.
Réciter une invocation imposée à chaque tour
Aucune invocation particulière n’est fixée pour chaque tour : chacun prie dans sa langue, avec ses mots. Seule une invocation est rapportée entre le coin yéménite et la pierre noire : « Rabbanâ âtinâ fi d-dunyâ hasanatan wa fi l-âkhirati hasanatan wa qinâ ʿadhâba n-nâr. »
Quitter Arafat avant le coucher du soleil
Celui qui était à Arafat dans la journée y reste jusqu’au coucher du soleil, comme le fit le Prophète ﷺ. Partir avant oblige à un dam selon les hanafites et les hanbalites, sauf retour avant le coucher ; pour les malikites, la présence à Arafat pendant une partie de la nuit est un pilier.
Ne pas passer la nuit à Muzdalifa
La nuit du 10 se passe à Muzdalifa ; la sunna est d’y rester jusqu’après la prière de l’aube, comme le fit le Prophète ﷺ. Les personnes faibles, les femmes et leurs accompagnateurs peuvent partir après le coucher de la lune, ou après le milieu de la nuit selon les chaféites et les hanbalites. La quitter sans excuse avant ce moment oblige à un dam selon la majorité.
Lapider avant midi les jours de tachrîq
Le 10, seule la grande stèle est lapidée, dès le matin. Les 11, 12 et 13, les trois stèles se lapident après le passage du soleil au zénith, dans l’ordre : la petite, la moyenne, puis la grande. Une lapidation faite avant midi est à refaire selon la majorité des savants.
Lancer les sept cailloux d’un coup
Les cailloux se lancent un par un, en disant « Allâhu akbar » à chacun. Sept cailloux lancés ensemble ne comptent que pour un : il en reste six à lancer.
Raser seulement quelques cheveux
Pour l’homme, le rasage ou la coupe concerne toute la tête selon les malikites et les hanbalites, au moins un quart selon les hanafites, au moins trois cheveux selon les chaféites. Mieux vaut raser ou raccourcir toute la tête, ce que fit le Prophète ﷺ. Le rasage est plus méritoire pour les hommes.
Faire le tawaf d’adieu puis rester à La Mecque
Le tawaf d’adieu est le dernier acte avant de quitter La Mecque. Celui qui reste ensuite longtemps (pour autre chose que charger ses bagages ou acheter de quoi voyager) le refait avant de partir.
Partir au hajj sans permis
Le hajj sans permis officiel, avec un visa de visite ou de tourisme, est interdit par l’Arabie saoudite et lourdement sanctionné. Les savants du pays ont rappelé qu’il faut respecter cette règle, qui protège la vie des pèlerins.
Références al-Bukhârî 1584, Muslim 1333 (ʿAïcha, le Hijr fait partie de la Maison) ; al-Bukhârî 1612 (le tawaf sur la monture, en désignant le coin) ; al-Bukhârî 1609, Muslim 1267 (Ibn ʿUmar, les deux coins yéménites) ; Abû Dâwûd 1892 (invocation entre les deux coins) ; Muslim 1218 (Jâbir, le hajj du Prophète ﷺ) ; Muslim 1299 (Jâbir, l’heure de la lapidation) ; al-Bukhârî 1727, Muslim 1301 (le rasage) ; al-Bukhârî 1755, Muslim 1328 (tawaf d’adieu)
Ces règles sont données avec leurs références pour vous aider à comprendre ; pour un cas particulier, demandez l’avis d’un savant de confiance.
Questions fréquentes
Que faire si l’on a dépassé le miqat sans ihram ?
Retourner au miqat pour s’y mettre en ihram si c’est possible avant de commencer les rites : on n’a alors rien à réparer. Sinon, on entre en ihram là où l’on se trouve et l’on offre un dam (un mouton sacrifié à La Mecque), selon la majorité des savants.
Qu’est-ce que la fidya dans le hajj ?
C’est la compensation d’un interdit de l’ihram commis par nécessité (ou sans, selon les écoles) : au choix, jeûner trois jours, nourrir six pauvres ou sacrifier un mouton (Coran 2:196 ; al-Bukhârî 1814).
Quelle différence entre dam et fidya ?
La fidya répare un interdit commis (cheveux, ongles, parfum, vêtement…) et laisse le choix entre trois options. Le dam répare l’omission d’un acte obligatoire du hajj (miqat, Muzdalifa, Mina, lapidation, tawaf d’adieu) : c’est un sacrifice, remplacé par dix jours de jeûne pour qui ne peut pas sacrifier, selon la majorité.
Que faire si l’on s’est parfumé par oubli pendant l’ihram ?
Laver le parfum dès qu’on s’en rend compte. Selon les chaféites et de nombreux hanbalites, il n’y a rien à réparer ; les hanafites et les malikites demandent une compensation.
Peut-on utiliser du savon pendant l’ihram ?
Oui, à condition qu’il soit sans parfum. On peut se laver, se doucher et changer ses tissus d’ihram ; on évite de frotter fort les cheveux pour ne pas en arracher.
Que se passe-t-il si l’on n’a pas lapidé un jour ?
La lapidation manquée peut se rattraper jusqu’au coucher du soleil du 13 dhou al-hijja, dans l’ordre des jours, selon la majorité. Passé ce délai, un dam est dû.
Peut-on faire le hajj sans permis ?
Non. L’Arabie saoudite l’interdit et le sanctionne, et les savants du pays ont rappelé l’obligation de respecter cette règle, qui protège la sécurité des pèlerins.