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La omra et le hajj au féminin

Les rites sont les mêmes pour les hommes et pour les femmes, à quelques différences près : la tenue, la voix, la coupe des cheveux et surtout le cas des règles. Voici ce que disent les textes, avec leurs références, et comment les savants les ont compris.

Pèlerins tournant autour de la Kaaba pendant le tawaf, dans la cour de la mosquée sacrée

La tenue de l’ihram

La femme n’a pas de vêtement particulier pour l’ihram. Elle garde des habits ordinaires, amples, couvrants et non parfumés, de la couleur de son choix : le blanc n’est pas une obligation. Elle peut porter des chaussures, des chaussettes et des vêtements cousus ; l’interdit des vêtements cousus et ajustés ne concerne que les hommes.

Ses interdits vestimentaires sont au nombre de deux : se couvrir le visage avec un voile taillé pour lui (niqab, burquʿ) et porter des gants. Le Prophète ﷺ a dit : « La femme en état d’ihram ne porte pas de voile de visage et ne porte pas de gants. »

Lorsque des hommes étrangers passent près d’elle, elle peut rabattre une partie de son voile de tête devant son visage, comme le rapporte ʿAïcha au sujet des femmes qui accompagnaient le Prophète ﷺ (hadith dont la chaîne est discutée). Elle garde ses autres interdits comme les hommes : parfum, coupe des cheveux et des ongles, chasse, relations conjugales.

Références al-Bukhârî 1838 (Ibn ʿUmar) ; Abû Dâwûd 1833 (ʿAïcha), chaîne discutée

Les règles et les lochies pendant la omra et le hajj

Les règles (hayd) et les lochies (nifâs) n’empêchent ni d’entrer en ihram ni d’accomplir les rites, à une exception près : le tawaf autour de la Kaaba, qui demande d’être en état de pureté. Quand ʿAïcha eut ses règles à Sarif, en route pour le hajj, elle se mit à pleurer ; le Prophète ﷺ lui dit : « C’est une chose qu’Allah a prescrite aux filles d’Adam. Fais tout ce que fait le pèlerin, sauf le tawaf autour de la Maison, jusqu’à ce que tu sois pure. »

  1. Au miqat

    Elle fait la grande ablution (ghusl) par propreté, même si elle ne la purifie pas, met une protection, puis formule l’intention et la talbiya comme tout le monde. Asmâ’ bint ʿUmays, qui venait d’accoucher à Dhû l-Hulayfa, reçut cet ordre du Prophète ﷺ : « Lave-toi, protège-toi avec un linge et entre en ihram. » Elle ne fait pas les deux rakʿa de l’ihram.

  2. Pendant la omra

    Elle attend la fin de ses règles et fait son ghusl, puis accomplit le tawaf, le sa’y et la coupe des cheveux. En attendant, elle reste en ihram et peut faire des invocations, du dhikr et lire le Coran par cœur ou sur un écran selon l’avis de nombreux savants ; elle n’entre pas dans la mosquée sacrée pendant ses règles selon la majorité.

  3. Pendant le hajj

    Elle accomplit la station à Arafat, la nuit à Muzdalifa, la lapidation, le sacrifice et la coupe des cheveux comme les autres pèlerins. Seul le tawaf al-ifâda, et le sa’y qui le suit s’il n’a pas déjà été fait, attendent sa pureté. Après la lapidation du 10 et la coupe, tout lui redevient permis sauf les relations conjugales, jusqu’à ce tawaf.

  4. Au départ

    La femme qui a ses règles au moment de quitter La Mecque est dispensée du tawaf d’adieu, sans rien à compenser : « On a ordonné aux gens que leur dernier acte soit auprès de la Maison, mais on en a dispensé la femme qui a ses règles. » Lorsque Safiyya eut ses règles après le tawaf al-ifâda, le Prophète ﷺ demanda seulement si elle l’avait accompli, puis autorisa le départ.

Si les règles commencent avant le tawaf de la omra d’un tamattu’ et durent au-delà du 8 dhou al-hijja, la pèlerine entre en ihram pour le hajj sans avoir fait le tawaf de sa omra. Selon la majorité des savants, son hajj devient alors un qiran, comme ce fut le cas de ʿAïcha lors du pèlerinage d’adieu ; selon les hanafites, elle délaisse sa omra et la refait après le hajj, ce que fit ʿAïcha depuis at-Tanʿîm.

Prendre un traitement pour retarder ses règles pendant le hajj est permis selon de nombreux savants, à condition qu’il ne nuise pas à la santé : parlez-en à votre médecin plusieurs semaines avant le départ. Les saignements qui ne sont pas des règles (istihâda) n’empêchent rien : la femme fait ses ablutions pour chaque prière et accomplit tous les rites, tawaf compris.

Références al-Bukhârî 305, Muslim 1211 (ʿAïcha à Sarif) ; Muslim 1218 (Asmâ’ bint ʿUmays) ; al-Bukhârî 1755, Muslim 1328 (Ibn ʿAbbâs, tawaf d’adieu) ; al-Bukhârî 1757, Muslim 1211 (Safiyya) ; al-Bukhârî 1556 et 1784, Muslim 1211 et 1212 (ʿAïcha, qiran puis omra d’at-Tanʿîm)

Partir sans mahram

La réglementation saoudienne n’exige plus de mahram pour la omra et le hajj des femmes majeures, qui peuvent obtenir visa et permis seules ou en groupe (voir la page Nusuk et visas). La question religieuse est distincte : le Prophète ﷺ a dit : « La femme ne voyage qu’avec un mahram », et les savants divergent sur l’application de ce hadith au hajj obligatoire.

ÉcoleHajj obligatoireOmra, hajj surérogatoire
HanafiteMahram (ou époux) exigé si le trajet atteint la distance du voyageMahram exigé
MalikitePermis avec un groupe sûr (rufqa maʾmûna) si elle n’a pas de mahramMahram exigé selon l’avis dominant
ChaféitePermis avec des femmes de confiance si elle n’a pas de mahramOmra obligatoire (la première) : comme le hajj obligatoire ; omra surérogatoire : mahram exigé selon l’avis dominant
HanbaliteMahram exigé : sans lui, le hajj ne lui est pas encore obligatoireMahram exigé

Ceux qui permettent le hajj obligatoire avec un groupe sûr citent notamment la parole du Prophète ﷺ à ʿAdî ibn Hâtim annonçant qu’une femme voyagerait seule depuis al-Hîra jusqu’à la Kaaba sans rien craindre d’autre qu’Allah. Une femme qui n’a pas de mahram disponible et qui hésite fera bien de consulter un savant de son école.

Références al-Bukhârî 1862, Muslim 1341 (Ibn ʿAbbâs) ; al-Bukhârî 3595 (ʿAdî ibn Hâtim)

Les autres différences dans les rites

  • La talbiya se dit à voix basse : assez pour s’entendre soi-même et sa voisine, selon l’avis commun des savants.
  • Ni raml (pas rapides des trois premiers tours) ni idtibâʿ (épaule droite découverte) : ces deux pratiques concernent les hommes.
  • Au sa’y, la femme marche entre les deux repères verts sans presser le pas.
  • Elle ne se rase pas la tête : elle rassemble ses cheveux et en coupe l’extrémité, environ la longueur d’une phalange. « Les femmes n’ont pas à se raser ; elles raccourcissent seulement. »
  • Elle ne se fraie pas un passage parmi les hommes pour toucher la pierre noire : un signe de la main, de loin, suffit. ʿAïcha faisait le tawaf à l’écart des hommes.
  • Elle peut quitter Muzdalifa après le coucher de la lune avec les personnes faibles, comme Sawda et Asmâ’ en reçurent la permission.
  • Malade, âgée ou enceinte, si la foule des stèles l’expose à un danger, elle peut charger quelqu’un de lapider à sa place, après qu’il a lapidé pour lui-même.

Références Abû Dâwûd 1984 et 1985 (Ibn ʿAbbâs, coupe des cheveux) ; al-Bukhârî 1618 (ʿAïcha et le tawaf) ; al-Bukhârî 1679 et 1681, Muslim 1290 (Asmâ’ et Sawda à Muzdalifa)

Enceinte, avec un bébé ou des enfants

La grossesse n’interdit ni la omra ni le hajj, mais la fatigue, la chaleur et la foule sont réelles. Plusieurs pays refusent le hajj aux femmes au troisième trimestre ou dont la grossesse est à risque, et les compagnies aériennes demandent souvent un certificat médical à partir de la 28e semaine et refusent l’embarquement en fin de grossesse. Le tawaf et le sa’y peuvent se faire en fauteuil roulant ou en voiturette électrique, à l’étage.

Le hajj et la omra d’un enfant sont valables et récompensés : une femme leva un petit enfant vers le Prophète ﷺ et demanda : « Celui-ci a-t-il un hajj ? » Il répondit : « Oui, et toi tu as une récompense. » Ce hajj ne remplace pas celui qui lui sera obligatoire à sa majorité, selon une parole d’Ibn ʿAbbâs. Le parent formule l’intention pour le tout-petit, le porte pendant le tawaf et le sa’y, et lapide à sa place.

  • Pour un bébé : écharpe de portage plutôt que poussette dans la foule, couches et lingettes sans parfum, chapeau et eau.
  • Notez votre numéro de téléphone et le nom de l’hôtel sur un bracelet au poignet de chaque enfant.
  • Choisissez les heures les moins chargées pour le tawaf et le sa’y, et les étages supérieurs, plus aérés.

Références Muslim 1336 (Ibn ʿAbbâs, hajj de l’enfant) ; al-Bayhaqî, as-Sunan al-kubrâ (parole d’Ibn ʿAbbâs sur le hajj de l’enfant)

Conseils pratiques

  • Des vêtements amples et respirants, de couleur claire, et un sous-voile qui tient bien : on marche beaucoup, souvent dans le vent et la chaleur.
  • Des épingles de sûreté, un petit sac porté devant le corps, une pochette pour les chaussures dans la mosquée.
  • Des protections hygiéniques en quantité, même si l’on n’attend pas ses règles : le voyage et la fatigue dérèglent souvent le cycle.
  • À la mosquée du Prophète, la prière dans la Rawda est ouverte aux femmes à des horaires qui leur sont réservés, sur permis de l’application Nusuk : réservez dès votre arrivée à Médine.
  • Repérez les entrées et les salles de prière des femmes dès le premier jour, et convenez d’un point de rendez-vous avec votre groupe.

Ces règles sont données avec leurs références pour vous aider à comprendre ; pour un cas particulier, demandez l’avis d’un savant de confiance.

Questions fréquentes

Une femme peut-elle faire la omra pendant ses règles ?

Elle peut entrer en ihram pendant ses règles, au miqat, après un ghusl de propreté. En revanche, elle attend d’être pure pour faire le tawaf, puis elle accomplit le sa’y et la coupe des cheveux. Si son départ ne lui laisse pas le temps d’attendre, qu’elle demande l’avis d’un savant avant de partir.

Que faire si les règles arrivent pendant le hajj ?

La pèlerine continue tous les rites : Arafat, Muzdalifa, lapidation, sacrifice, coupe des cheveux. Seul le tawaf al-ifâda attend la fin des règles. Le tawaf d’adieu, lui, ne lui est pas demandé si elle a ses règles au moment du départ.

Quelle tenue pour l’ihram d’une femme ?

Ses vêtements habituels, amples, couvrants et sans parfum, de la couleur qu’elle veut. Elle ne porte ni niqab ni gants pendant l’ihram, mais peut rabattre son voile devant son visage en présence d’hommes étrangers.

Une femme peut-elle faire la omra sans mahram ?

La réglementation saoudienne l’autorise pour les femmes majeures. Sur le plan religieux, la majorité des savants demandent un mahram pour une omra surérogatoire ; pour le hajj obligatoire (et, chez les chaféites, la omra obligatoire), les malikites et les chaféites l’autorisent avec un groupe sûr, les hanafites et les hanbalites exigent un mahram.

Une femme doit-elle se raser la tête après la omra ?

Non. La femme ne se rase pas : elle coupe l’extrémité de ses cheveux, environ la longueur d’une phalange, après le sa’y de la omra et le 10 dhou al-hijja pendant le hajj.

Peut-on prendre la pilule pour retarder ses règles pendant le hajj ?

De nombreux savants le permettent si le traitement ne nuit pas à la santé. Il faut en parler à son médecin bien avant le départ, car l’effet n’est pas toujours parfait.

Une femme enceinte peut-elle faire la omra ?

Oui, sa omra est valable, mais elle doit tenir compte de la fatigue, de la chaleur et des règles des compagnies aériennes en fin de grossesse. Pour le hajj, plusieurs pays refusent les grossesses du troisième trimestre ou à risque : demandez un avis médical.

mardi 13 octobre 2026 2 جمادى الأولى 1448 هـ