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Assabile

Les intérêts bancaires sont-ils haram ?

Mis à jour le 12 octobre 2026

Réponse courte

Pour la grande majorité des institutions (Académie internationale du fiqh, AAOIFI, Diyanet, instances saoudiennes), l’intérêt bancaire est du riba : un surplus convenu sur un prêt, interdit. L’Académie de recherches islamiques d’al-Azhar et Dar al-Ifta d’Égypte y voient au contraire un contrat d’investissement permis ; leur avis reste minoritaire.

Ce que disent les institutions

Positions officielles, avec leur référence. La pastille résume la position de l’institution, pas un avis d’assabile.

  • Académie internationale du fiqh Organisation de la coopération islamique, Djeddah
    Interdit

    Tout intérêt sur un prêt, et tout surplus sur une dette échue contre un délai, est un riba interdit. Les dépôts rémunérés par intérêt, à vue, à terme ou d’épargne, sont des prêts usuraires.

    Résolutions 10 (10/2), Djeddah, 1985, et 86 (3/9), Abou Dhabi, 1995

  • AAOIFI Organisation de comptabilité et d’audit des institutions financières islamiques, Bahreïn
    Interdit

    L’intérêt est exclu de toutes les opérations des institutions financières islamiques ; les obligations à intérêt sont interdites.

    Normes charia, notamment la norme 21 (papiers financiers)

  • Diyanet Présidence des affaires religieuses, Turquie (Haut Conseil des affaires religieuses)
    Interdit

    L’intérêt des dépôts à terme est interdit, qu’il soit inférieur ou supérieur à l’inflation. Garder son argent sur un compte à vue sans intérêt n’est pas de même nature, mais ce n’est pas convenable sans nécessité quand une solution licite existe.

    Fatwas du 15/09/2020 (dépôts à terme et à vue)

  • Comité permanent des fatwas Conseil des grands savants et Comité permanent pour la recherche et la fatwa, Arabie saoudite
    Interdit

    Les intérêts bancaires sont du riba ; celui qui en a reçu les dépense dans le bien sans les garder ni les rendre à la banque.

    Fatwas d’Ibn Baz sur le riba et les intérêts bancaires (binbaz.org.sa)

  • Académie de recherches islamiques d’al-Azhar al-Azhar, Le Caire
    Permis

    Placer son argent dans une banque qui fixe le rendement à l’avance est permis : l’Académie y voit un contrat d’investissement, non un prêt.

    Décision 321, 31 octobre 2002

  • Dar al-Ifta d’Égypte Maison de la fatwa, Le Caire
    Permis

    Les dépôts et les rendements fixés d’avance sont des contrats de financement nouveaux, permis. Avis minoritaire au plan international.

    Fatwas de Dar al-Ifta, conformes à la décision d’al-Azhar de 2002

Les positions sont rapportées telles quelles ; d’autres savants peuvent être d’un autre avis. Méthode et avertissements

Selon votre pays

France
Les comptes courants ne sont presque jamais rémunérés ; les livrets (A, LDDS, LEP) et le PEL rapportent un intérêt. Il n’existe pas en 2026 de compte d’épargne islamique proposé par une banque française.
Royaume-Uni
Plusieurs banques islamiques agréées (Al Rayan, Gatehouse, BLME…) proposent des comptes d’épargne à « profit attendu », y compris en ISA : voir l’annuaire.
Turquie
Les banques participatives (katılım bankaları) proposent des comptes de participation ; Diyanet en juge le partage de bénéfice licite s’il respecte les contrats (2018).
Égypte
Dar al-Ifta et al-Azhar jugent permis les dépôts et certificats bancaires à rendement fixe ; les banques islamiques et les fenêtres islamiques offrent une alternative pour ceux qui suivent l’avis majoritaire.
Maroc
Les banques participatives proposent des comptes d’investissement fondés sur la moudaraba ou la wakala, sans intérêt.

Pourquoi la majorité y voit du riba

Juridiquement, déposer de l’argent sur un compte, c’est le prêter à la banque : elle en devient propriétaire, l’utilise comme elle veut et s’engage à le rendre. L’Académie internationale du fiqh en a conclu que tout intérêt versé sur ces dépôts est un surplus convenu sur un prêt, donc un riba, quel que soit son taux (résolutions 10 et 86). Le Coran l’interdit et laisse au repenti son seul capital (al-Baqara 2:278-279), et le Prophète ﷺ a maudit celui qui consomme le riba et celui qui le fait consommer (Muslim 1598).

Le taux faible ou la compensation de l’inflation n’y changent rien selon ces institutions : les billets sont une monnaie à part entière (résolution 21 (9/3)) et les dettes se remboursent au même montant, sans indexation (résolution 42 (4/5)).

L’avis d’al-Azhar et de Dar al-Ifta

En 2002, l’Académie de recherches islamiques d’al-Azhar a jugé que placer de l’argent dans une banque qui fixe le profit à l’avance est permis (décision 321). Elle considère que la relation entre le client et la banque n’est pas un prêt mais un mandat d’investissement, et que fixer le profit d’avance protège le déposant. Dar al-Ifta d’Égypte suit cet avis. Les autres académies et la plupart des savants l’ont réfuté, en rappelant que le capital reste garanti par la banque, ce qui est la définition du prêt.

Ce que cela veut dire en pratique

  • Celui qui suit l’avis majoritaire évite les comptes à intérêt quand il le peut, et se défait des intérêts déjà reçus : voir que faire des intérêts et l’outil de purification.
  • Avoir un compte courant non rémunéré pour recevoir son salaire et payer ses factures est largement admis par besoin ; Diyanet précise qu’il vaut mieux choisir une banque islamique quand elle existe.
  • Pour épargner, voir les comptes et livrets et les banques islamiques.

Les versets

ٱلَّذِينَ يَأْكُلُونَ ٱلرِّبَوٰا۟ لَا يَقُومُونَ إِلَّا كَمَا يَقُومُ ٱلَّذِى يَتَخَبَّطُهُ ٱلشَّيْطَٰنُ مِنَ ٱلْمَسِّ ذَٰلِكَ بِأَنَّهُمْ قَالُوٓا۟ إِنَّمَا ٱلْبَيْعُ مِثْلُ ٱلرِّبَوٰا۟ وَأَحَلَّ ٱللَّهُ ٱلْبَيْعَ وَحَرَّمَ ٱلرِّبَوٰا۟ فَمَن جَآءَهُۥ مَوْعِظَةٌ مِّن رَّبِّهِۦ فَٱنتَهَىٰ فَلَهُۥ مَا سَلَفَ وَأَمْرُهُۥٓ إِلَى ٱللَّهِ وَمَنْ عَادَ فَأُو۟لَٰٓئِكَ أَصْحَٰبُ ٱلنَّارِ هُمْ فِيهَا خَٰلِدُونَ ۝٢٧٥

Quant à ceux qui se nourrissent de l’usure, ils se lèveront de leurs tombes, le Jour de la résurrection, dans un état comparable à celui de l’homme possédé du démon. Et ce, pour avoir prétendu que le commerce et l’usure sont parfaitement identiques, alors qu’Allah a autorisé le commerce et interdit l’usure. Quiconque, exhorté par son Seigneur, renonce à l’usure, n’aura ni à répondre des profits usuraires réalisés dans le passé, ni à les restituer. Et son sort dépendra d’Allah. Quant à ceux qui osent récidiver, ils sont voués au feu de l’Enfer où ils demeureront pour l’éternité.

Al-Baqara 2:275

يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ ٱتَّقُوا۟ ٱللَّهَ وَذَرُوا۟ مَا بَقِىَ مِنَ ٱلرِّبَوٰٓا۟ إِن كُنتُم مُّؤْمِنِينَ ۝٢٧٨ فَإِن لَّمْ تَفْعَلُوا۟ فَأْذَنُوا۟ بِحَرْبٍ مِّنَ ٱللَّهِ وَرَسُولِهِۦ وَإِن تُبْتُمْ فَلَكُمْ رُءُوسُ أَمْوَٰلِكُمْ لَا تَظْلِمُونَ وَلَا تُظْلَمُونَ ۝٢٧٩

278 Vous qui croyez ! Craignez Allah et renoncez, si vraiment vous avez la foi, à ce qui vous reste du produit de l’usure.

279 Dans le cas contraire, soyez certains qu’Allah et Son Messager vous feront la guerre. Si en revanche vous vous repentez, vous aurez droit à votre capital. Vous ne léserez ainsi personne, sans être vous-mêmes lésés.

Al-Baqara 2:278-279

Les hadiths

Questions fréquentes

Et si la banque verse des intérêts sans que je les demande ?

On ne les garde pas pour soi : on les retire et on les donne aux pauvres ou à des œuvres d’intérêt général, sans attendre de récompense (Diyanet, Ibn Baz). Voir que faire des intérêts reçus.

Les intérêts d’un compte ouvert pour mon enfant sont-ils aussi concernés ?

Oui, la règle porte sur le contrat, pas sur l’âge du titulaire : les intérêts se purifient de la même façon.

Puis-je suivre l’avis d’al-Azhar ?

C’est un avis réel, porté par des institutions reconnues, mais minoritaire. Pour un choix personnel, consultez un savant de confiance ; la prudence recommande l’avis majoritaire.

dimanche 8 novembre 2026 28 جمادى الأولى 1448 هـ