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الغرر

Le gharar : l’incertitude excessive dans les contrats

Mis à jour le 12 octobre 2026

En bref

Le gharar est l’incertitude excessive sur l’objet, le prix ou l’issue d’un contrat. Le Prophète ﷺ a interdit la vente de gharar (Muslim 1513). Les savants tolèrent le gharar mineur, inévitable dans toute transaction, mais un gharar important annule un contrat d’échange.

Le texte de base

Abu Hurayra rapporte que le Prophète ﷺ a interdit la vente par jet de caillou et la vente de gharar (Muslim 1513). Le Coran interdit de « s’emparer sans droit des biens des autres » et demande que les transactions soient « le fruit d’un consentement mutuel » (an-Nisa 4:29) : le gharar ouvre la porte aux litiges et à l’enrichissement de l’un aux dépens de l’autre.

D’autres hadiths en découlent : l’interdiction de vendre ce que l’on n’a pas (Abu Dawud 3503, at-Tirmidhi 1232), et celle de conclure deux ventes en une (at-Tirmidhi 1231), lorsque le prix n’est pas tranché au moment du contrat.

Gharar mineur et gharar important

Aucune transaction n’est exempte d’incertitude : on achète une maison sans voir ses fondations. Les savants tolèrent donc le gharar mineur. Un gharar rend un contrat nul quand il réunit plusieurs traits, que les juristes contemporains résument ainsi : il est important, il porte sur l’objet principal du contrat, le contrat est un échange (vente, location) et non une donation, et il ne répond à aucun besoin reconnu.

Les ventes interdites pour gharar

  • Vendre ce que l’on ne possède pas encore, ou ce que l’on ne peut pas livrer.
  • Vendre une chose inconnue ou mal décrite, ou à un prix indéterminé.
  • Vendre avant d’avoir pris possession, pour les biens où les écoles l’exigent.
  • Lier le prix à un événement incertain.

Le salam (paiement d’avance pour une livraison future) n’est pas du gharar parce que la Sunna en fixe les conditions : quantité, qualité et terme connus (al-Bukhari 2240, Muslim 1604).

Applications modernes

  • Assurance commerciale : l’Académie internationale du fiqh y voit un gharar important qui la rend illicite, et lui préfère l’assurance coopérative (takaful, résolutions 9 (9/2) et 200 (6/21)). Diyanet, au contraire, admet l’assurance commerciale (décision 2005/64) : voir l’assurance est-elle permise ?.
  • Options et produits dérivés : l’Académie interdit les options et les contrats à terme réglés sans livraison (résolution 63 (1/7)) : voir options et trading.
  • Cryptomonnaies : Diyanet a jugé illicites celles qui portent une incertitude grave, sans garantie (2017) ; l’Académie a demandé des études supplémentaires (résolution 237 (8/24), 2019) : voir les cryptomonnaies.

Les versets

يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ لَا تَأْكُلُوٓا۟ أَمْوَٰلَكُم بَيْنَكُم بِٱلْبَٰطِلِ إِلَّآ أَن تَكُونَ تِجَٰرَةً عَن تَرَاضٍ مِّنكُمْ وَلَا تَقْتُلُوٓا۟ أَنفُسَكُمْ إِنَّ ٱللَّهَ كَانَ بِكُمْ رَحِيمًا ۝٢٩

Vous qui croyez ! Que les uns ne s’emparent pas sans droit des biens des autres, mais que vos transactions soient le fruit d’un consentement mutuel. Ne courez pas à votre perte. Allah est, envers vous, Très Miséricordieux.

An-Nisa 4:29

Les hadiths

Questions fréquentes

Tout contrat risqué est-il du gharar ?

Non. Le risque commercial normal (un produit peut ne pas se vendre) est permis et même au cœur de la finance islamique : le gain va avec le risque. Le gharar vise l’incertitude sur ce que l’on échange lui-même : l’objet, le prix ou la livraison.

Pourquoi l’assurance coopérative échappe-t-elle au gharar ?

Parce qu’elle repose sur la donation et l’entraide entre participants, et non sur un échange entre une prime et une indemnité incertaine. L’Académie internationale du fiqh tolère le gharar dans ce cadre (résolution 200 (6/21)).

mardi 13 octobre 2026 2 جمادى الأولى 1448 هـ