Que faut-il payer avant de partager l’héritage ?
Dans l’ordre : les frais funéraires raisonnables, les dettes (dont la dot restée due), puis les legs dans la limite du tiers. Les héritiers se partagent ce qui reste (sourate An-Nisa, versets 11 et 12 : « après exécution du testament ou paiement d’une dette »).
Les écoles divergent sur les dettes envers Allah (zakat non payée, pèlerinage obligatoire) : payées sur la succession selon les chaféites et les hanbalites, seulement si le défunt l’a demandé (et dans le tiers) selon les hanafites et les malikites.
Les règles
Peut-on faire un testament (wasiyya) en islam ?
Oui, et c’est recommandé : « Un musulman qui a quelque chose à léguer ne doit pas passer deux nuits sans que son testament soit écrit chez lui » (al-Boukhari, n° 2738).
Le legs est limité au tiers des biens : le Prophète ﷺ a dit à Sa‘d ibn Abi Waqqas : « le tiers, et le tiers c’est beaucoup ; laisser tes héritiers riches vaut mieux que les laisser dans le besoin » (al-Boukhari, n° 2742). Il ne peut pas profiter à un héritier : « pas de legs pour un héritier » (Abou Dawoud, n° 2870).
Le testament sert aussi à reconnaître des dettes, à donner des consignes et à faire un legs à des proches qui n’héritent pas (petits-enfants, enfant adopté, œuvres).
Le testament
Peut-on léguer plus du tiers, ou léguer à un héritier ?
Selon les quatre écoles, un tel legs n’est valable que si les héritiers l’acceptent après le décès ; chacun ne peut accepter que pour sa propre part, et seulement s’il est majeur et capable.
Peut-on donner ses biens de son vivant ?
Oui : une personne en bonne santé peut donner ses biens. Envers ses enfants, elle doit être équitable : le Prophète ﷺ a refusé de servir de témoin à un père qui avait fait un don à un seul de ses enfants et lui a dit : « craignez Allah et soyez équitables entre vos enfants » (al-Boukhari, n° 2587 ; Muslim, n° 1623).
Une donation faite pendant la maladie dont on meurt est traitée comme un legs selon la majorité des savants : limitée au tiers et sans profit pour un héritier, sauf accord des autres.
Peut-on partager l’héritage avant sa mort ?
L’héritage n’existe qu’au décès : avant, il n’y a pas d’héritiers. Ce qu’on appelle « partager de son vivant » est une donation, soumise aux règles de la donation (voir ci-dessus). Les parts reçues ainsi ne remplacent pas le partage de ce qui restera au décès.
Les héritiers peuvent-ils se partager autrement, à parts égales par exemple ?
Après le décès, chaque héritier majeur et capable peut donner tout ou partie de sa part, ou s’accorder avec les autres sur un autre partage : c’est un don de sa part (ou un arrangement appelé takharuj). On ne peut pas renoncer à la part d’un mineur.
Quand faut-il partager l’héritage ?
La succession appartient aux héritiers dès le décès, une fois les frais, les dettes et les legs réglés. Rien n’oblige à attendre un délai ; retarder sans raison le partage peut léser des héritiers, notamment des orphelins. Il faut en revanche attendre une naissance attendue, ou des nouvelles d’un disparu, pour la part qui en dépend.